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Carence en magnésium : symptômes, diagnostic différentiel et solutions

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Carence en magnésium : symptômes, diagnostic différentiel et solutions

Carence en magnésium : symptômes, diagnostic différentiel et solutions

En entrant dans le verger, les feuilles des branches basses attirent le regard. La feuille a jauni, mais pas entièrement. Les nervures restent nettement vertes tandis que le tissu entre elles a viré au jaune. De loin, la feuille évoque une arête de poisson.

Les jeunes feuilles du sommet, elles, paraissent en parfait état.

C'est l'un des tableaux les plus reconnaissables en nutrition des plantes, et il pointe presque toujours dans une seule direction : le magnésium.

Sur le blog Markka nous avons traité séparément les carences en calcium, potassium, fer, zinc et bore. Cet article complète la série avec le magnésium, car le magnésium est souvent moins l'élément qui a manqué de lui-même que celui qui a manqué parce qu'un autre a été apporté en excès.

Que fait le magnésium ?

Son rôle le plus critique tient en une phrase : au centre exact de la molécule de chlorophylle se trouve un atome de magnésium.

La chlorophylle donne à la feuille sa couleur verte et porte la photosynthèse. Sans l'atome central, la molécule ne peut être construite. D'où la conséquence la plus visible de la carence : la perte de couleur.

Le magnésium remplit d'autres fonctions : activation enzymatique, notamment pour le transport du phosphore et le transfert d'énergie ; facilitation du déplacement du phosphore dans la plante ; transport des sucres produits par la feuille ; intégrité structurale des ribosomes pour la synthèse protéique.

En bref, le magnésium maintient la feuille verte et achemine l'énergie produite vers le reste de la plante.

Symptômes : jaunissement internervaire des feuilles âgées

Le magnésium est un élément mobile. En difficulté, la plante le prélève sur les feuilles âgées pour l'envoyer aux jeunes feuilles en croissance. C'est la clé du diagnostic.

La progression typique observée au champ :

  1. Chlorose internervaire sur les feuilles basses et médianes. Nervure principale et nervures latérales restent nettement vertes ; le tissu intermédiaire jaunit. La feuille prend un aspect d'arête de poisson.
  2. Le jaunissement progresse du bord et de la pointe vers l'intérieur. Les zones le long des nervures sont atteintes en dernier.
  3. Teintes rougeâtres, violacées ou bronze chez certaines espèces. Chez la vigne, certains légumes et la pomme de terre, une coloration liée aux anthocyanes peut apparaître.
  4. Nécrose au stade avancé. Les zones jaunies se dessèchent, brunissent et le tissu meurt.
  5. Chute précoce des feuilles. Les feuilles basses tombent prématurément, ce qui peut exposer les fruits aux coups de soleil.

Le symptôme part du bas et monte. Un jaunissement en bas alors que le sommet reste vert est la signature la plus caractéristique du magnésium.

Diagnostic différentiel

Le jaunissement peut avoir de nombreuses causes. Un mauvais diagnostic, c'est le mauvais engrais et du temps perdu.

SymptômeQuelles feuillesAspectCause probable
Jaunissement internervaire, nervures vertesÂgées, bassesAspect d'arête, du bord vers l'intérieurCarence en magnésium
Jaunissement internervaire, nervures vertesJeunes, sommetFin réseau vert, fond jaune pâleCarence en fer
Jaunissement internervaire, large bande verteJeunes et médianesJaunissement plus pâle et diffusCarence en manganèse
Brûlure du bord, non internervaireÂgées, bassesDessèchement brun du bord vers l'intérieurCarence en potassium
Feuille entièrement et uniformément jauneÂgées, bassesPas de distinction des nervuresCarence en azote
Déformation et mort du bourgeon terminalJeunes, point de croissanceDéformation plutôt que jaunissementCarence en calcium ou bore

Trois règles suffisent :

  • Feuille âgée ou jeune ? Sur les âgées, un élément mobile (magnésium, potassium, azote) ; sur les jeunes, un élément immobile (fer, zinc, calcium, bore).
  • Internervaire ou marginal ? L'internervaire oriente vers magnésium et fer ; la brûlure marginale vers le potassium.
  • Les nervures restent-elles vertes ? Si oui, magnésium ou fer ; sinon, azote.

Le diagnostic visuel reste une hypothèse. Chlorose ferrique et carence en magnésium peuvent coexister dans un même verger, et le tableau se brouille en sol calcaire. Nous avons examiné la chlorose ferrique dans un article séparé. Pour conclure, analyse de sol et analyse foliaire sont évaluées ensemble.

Conditions déclenchantes

La carence apparaît généralement non pas faute de magnésium dans le sol, mais parce que la plante ne peut l'atteindre.

1. Sols sableux et légers. Capacité d'échange cationique faible, magnésium non retenu et lessivé sous la zone racinaire. C'est le tableau le plus fréquent.

2. Sols acides. Le lessivage s'accélère à pH bas ; une saturation élevée en hydrogène et aluminium gêne la fixation du magnésium.

3. Apports excessifs de potassium. Cause la plus fréquente et la plus négligée au champ. Potassium et magnésium se concurrencent à la surface racinaire. Dans un verger conduit avec un programme potassique intensif, la plante peut ne pas absorber le magnésium même si le sol l'affiche suffisant.

4. Excès de calcium. En sols très calcaires, la saturation calcique est élevée et crée le même antagonisme.

5. Azote ammoniacal élevé. L'ammonium est aussi un cation et concurrence le magnésium. Nous avons traité ce comportement dans notre guide des formes d'azote.

6. Zone racinaire froide et humide. L'activité racinaire ralentit, l'absorption aussi. Les symptômes temporaires de début de printemps peuvent régresser avec le réchauffement.

7. Rendement élevé et remplissage intensif des fruits. Le fruit puise le magnésium dans les feuilles ; une carence temporaire peut apparaître malgré un sol normal.

Règle pratique : face à une carence en magnésium, la première question n'est pas « y a-t-il du magnésium » mais « qu'est-ce qui se tient devant lui ». La réponse est souvent le potassium ou le calcium.

L'équilibre entre potassium et magnésium

Cet antagonisme fonctionne dans les deux sens. Un excès de potassium freine l'absorption du magnésium, et un excès de magnésium freine celle du potassium. Les taux de saturation cationique d'une analyse existent précisément pour le montrer.

La décision magnésienne ne se prend donc jamais isolément. Calcium, magnésium et potassium se pilotent en trio. Nous avons expliqué la lecture de ces lignes dans notre guide d'analyse de sol.

Si vous conduisez un programme potassique intensif avec des produits de la gamme Markka comme VIP K-31 (31 % K₂O), Adviser K (3 % N, 31 % K₂O) ou Aviateur (25 % K₂O, 42 % SO₃), il importe de ne pas laisser le magnésium hors du programme. Nous avons traité la carence en potassium dans un article séparé.

Solutions : du diagnostic à l'application

Étape 1 : confirmer le diagnostic. Analyse de sol pour le niveau et l'équilibre cationique ; analyse foliaire pour ce que la plante absorbe réellement. Si le sol est suffisant mais la feuille basse, le problème n'est pas la quantité mais l'absorption.

Étape 2 : lever la cause. En cas d'antagonisme, le programme potassique ou ammoniacal est revu. En sol acide, le chaulage entre en jeu et la chaux dolomitique est la voie admise pour traiter pH et magnésium ensemble. En sol sableux, on fractionne.

Étape 3 : choisir la source. En application au sol, la source la plus courante est le sulfate de magnésium. Le Master Comp Sulfate de Magnésium de Markka contient 15 % de MgO et 28 % de SO₃. Le soufre qu'il apporte est un plus sur les sols qui en manquent.

Étape 4 : soutenir par voie foliaire. Si le symptôme apparaît en cours de saison, l'application foliaire contourne partiellement l'antagonisme racinaire. Elle ne couvre toutefois pas le besoin total : c'est un appoint, non un substitut au programme au sol. Nous avons détaillé les règles dans notre guide de fertilisation foliaire.

Étape 5 : vérifier la compatibilité de mélange. Le sulfate de magnésium risque de précipiter avec les produits calciques dans la même cuve. Voir notre guide des mélanges.

Sur les doses, une seule règle : la quantité se détermine selon l'analyse de sol, le stade de la culture et la plage indiquée sur l'étiquette.

Erreurs fréquentes

  • Apporter du fer en voyant un jaunissement. Le fer concerne les jeunes feuilles, le magnésium les âgées.
  • Augmenter le potassium et retirer le magnésium du programme. La carence apparaîtra probablement.
  • Se contenter du foliaire. Cela repousse le symptôme sans résoudre le problème du sol.
  • Prendre un symptôme de début de printemps pour une carence durable. Il peut régresser avec le réchauffement.
  • Ignorer le magnésium au chaulage. Une chaux uniquement calcique peut déséquilibrer davantage.
  • Fixer la dose en regardant le voisin. Texture, pH et équilibre cationique varient d'une parcelle à l'autre.

Questions Fréquentes

Quels sont les symptômes de la carence en magnésium ? Le symptôme le plus typique est un jaunissement internervaire sur les feuilles âgées et basses. Les nervures principales et latérales restent nettement vertes tandis que le tissu entre elles jaunit, donnant à la feuille un aspect d'arête de poisson. Le jaunissement progresse du bord et de la pointe vers l'intérieur. Au stade avancé, les zones jaunies se dessèchent et les feuilles basses tombent prématurément. Chez certaines espèces, une coloration rougeâtre ou violacée peut remplacer le jaunissement.

Comment distinguer la carence en magnésium de celle en fer ? Le point de distinction est la feuille sur laquelle le symptôme débute. Le magnésium étant mobile, les symptômes commencent sur les feuilles âgées et basses. Le fer étant immobile, ils apparaissent sur les jeunes feuilles du sommet. Les deux produisent un jaunissement internervaire, mais dans la carence en fer les nervures restent comme un fin réseau vert et le fond de la feuille est d'un jaune nettement pâle. Une analyse foliaire est nécessaire pour conclure.

Le potassium bloque-t-il l'absorption du magnésium ? Oui. Potassium et magnésium se concurrencent pour l'absorption à la surface racinaire ; c'est l'antagonisme. Dans un verger recevant des apports potassiques importants, la plante peut ne pas absorber le magnésium même si le sol l'affiche suffisant. L'inverse est vrai également : un excès de magnésium freine l'absorption du potassium. Le programme calcium, magnésium et potassium se construit donc comme un tout.

Que faire en cas de carence en magnésium ? Le diagnostic est d'abord confirmé par analyse de sol et analyse foliaire. La cause déclenchante est ensuite traitée ; il s'agit souvent d'un antagonisme lié à un excès de potassium ou d'ammonium. En application au sol, la source la plus courante est le sulfate de magnésium. Si un soutien rapide est nécessaire en cours de saison, une application foliaire est ajoutée, sans remplacer le programme au sol. La dose est toujours fixée selon le résultat d'analyse et l'étiquette.

Quand appliquer le sulfate de magnésium ? Les applications au sol se font généralement en début de saison ou fractionnées pendant la croissance végétative. Si le symptôme apparaît en cours de saison, il est soutenu par voie foliaire. Pour le foliaire, les heures fraîches sont préférées, le risque de brûlure augmentant en pleine chaleur. Le calendrier exact dépend de la culture, du climat et du résultat d'analyse.

Conclusion

Le magnésium construit le vert de la plante. Sa carence donne aussi le symptôme le plus lisible : nervures vertes et tissu jaune sur les feuilles âgées.

Mais l'enjeu n'est pas de voir le symptôme, c'est d'en trouver la cause. Le magnésium est souvent présent dans le sol ; ce qui se tient devant lui, c'est le potassium, le calcium ou l'ammonium. La solution n'est donc pas un bidon, c'est une décision d'équilibre.

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